| penser/rêver collection d’essais dirigée par Michel Gribinski La collection penser/rêver vise à cerner un champ de la connaissance aux frontières changeantes, entre l’individuel et le collectif. Elle s’engage dans le présent malaise de la civilisation, accueille l’intime et l’étranger. Elle réunit des essais brefs, directs où, à partir de leur pratique la plus personnelle, les auteurs exposent une thèse à la discussion sans craindre qu'elle s’évade ailleurs que dans les savoirs constitués.
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| Pierre Bergounioux Où est le passé Entretien avec Michel Gribinski Dans un entretien où le désaccord s’expose en toute confiance, Pierre Bergounioux évoque les lieux du passé : ceux, passionnés, de son enfance tandis que les adultes dormaient les yeux ouverts, ceux de l’Histoire qui nous a faits – et défaits. Pour rallier le seul temps réel, le présent, il a fallu clarifier le passé, situer hors de soi ce qui se confondait avec nous, qu’on prenait pour soi. La clarification est de chaque instant. Elle va droit. | ![]() |
| Theodor W. Adorno La psychanalyse révisée suivi de Jacques Le Rider L'allié incommode En 1946, dans une conférence faite à la société psychanalytique de San Francisco, traduite ici pour la première fois, l’un des derniers représentants des Lumières défend la grandeur de Freud. Theodor W. Adorno, que l’on tenait pour plutôt acerbe à l’égard de la psychanalyse, prend position en faveur d’une radikale Psychoanalyse contre ceux qu’il nomme les « révisionnistes néo-freudiens » dont la pensée « frappée au coin de l’anodin » et les formulations du niveau d’un « courrier des lecteurs » ne sont pas tolérables à qui essaie de comprendre les rapports entre la société et l’individu après Auschwitz. Les ennemis de Freud « pactisent avec le bon sens », « confirment les préjugés sociaux », ne se « distinguent plus guère de l’indignation bien-pensante » : ils sont « universellement acceptables ». | ![]() |
| Henri Normand Les amours d’une mère À travers les figures de trois mères – la Dolorosa, conçue par Iacopone da Todi, la Gloriosa, élaborée au long des siècles par le catholicisme, l’Amoureuse, imaginée par Stefan Zweig –, le psychanalyste Henri Normand accompagne nos récits des représentations de la mère – celle, bien réelle, de chacun, comme celle, tutélaire, de l’imaginaire collectif.
Parmi les enfants que nous sommes tous, qui tolérerait le dérangement absolu que représente une mère unifiée, à la fois sexuelle, douloureuse et glorieuse ? Serions-nous parvenus à fragmenter en trois personnes une idée inadmissible ? | ![]() |
| Christian David Le mélancolique sans mélancolie Au jour le plus beau / il manque quelque chose : / son côté obscur. / La nuit nécessaire, on ne l’atteint pas / par la seule omission. Ces vers de Roberto Juarroz pourraient être le guide du présent essai où le psychanalyste Christian David, après un long silence (on se souvient du succès de L’État amoureux (1971), plusieurs fois réédité, et de La Bisexualité psychique paru en 1992), nous convie à l’accompagner dans une promenade où l’intelligence lumineuse et chaleureuse le dispute à l’humeur en demi-teinte, la mélancolie humaniste. Au bout d’une méditation fragmentée sur la perte – moteur de la pensée comme de la vie quotidienne –, le « silence retrouvé » – mais a-t-il jamais été perdu ? – fait entendre quelques « conseils » au praticien de l’analyse non moins qu’au praticien du métier de vivre : « boire frais », c’est-à-dire ne pas se laisser entraver par des automatismes acquis ; s’abandonner, un peu, à la musique intérieure ; ne pas s’en tenir à la seule vertu du langage mais, sans pour autant s’en déprendre, accueillir les médiations non verbales, leur pénombre crépusculaire ; se situer aux confins, pour sortir du mortifère ; recourir avec patience, avec insistance, à l’« interrogation frontalière ». En cours de route, le lecteur aura, lui aussi, fait l’expérience de la limite du conscient et de l’inconscient, du sens et du non-sens, du nocturne et du diurne, du formel et de l’informe. Il aura su que le « mouvement de la nuit ne cesse pas avec le jour. » Il se sera reconnu dans le « plus commun des amoureux », homme éveillé encore habité par ses rêves de la nuit et préparant sans le savoir ceux de la prochaine. Dernier « conseil » : rêver son amour les yeux ouverts. | ![]() |
| Nathalie Zaltzman L’Esprit du mal Quand une civilisation se décompose, il est fâcheusement approximatif de se contenter d’énoncer qu’elle retourne à la barbarie. Elle fait autre chose. Elle instaure une organisation sociale nouvelle, un peu à la manière des enfants livrés à eux-mêmes dans le roman de Golding, Sa Majesté des Mouches. La régression ne désigne pas seulement un retour en arrière, un stade antérieur de l’évolution. Chez le sujet, ce qu’elle produit, c’est toute l’histoire d’une maladie. Qu’en est-il de la régression collective ? La civilisation s’est construite grâce au refoulement des pulsions sexuelles et meurtrières. Dans des situations de régressions culturelles – dans ce que le siècle passé, et toujours présent, est convenu d’appeler « retour à la barbarie » –, on admettait que le refoulement civilisateur ayant échoué, le pulsionnel tendait à régner sans contrôle, l’homme était revenu à l’état animal. Mais n’a-t-on pas assisté, en deçà, à une régression d’une autre nature, un état de confusion entre le sujet et la masse ? Cette confusion – que le psychanalyste appellera « narcissique » – ne débouche pas sur une préhistoire de l’humanité, terrifiante mais pleine de vie, mais bien sur une post-histoire, un état nouveau de la civilisation où, en se résorbant dans la masse, c’est la mort et ses idoles que l’homme révère et célèbre. Cette révérence, cette célébration, c’est le mal absolu. Sans concession à la facilité, la psychanalyste Nathalie Zaltzman donne ici une étude intense, aussi personnelle qu’elle est documentée, du « travail de culture » et de ses obscurités. Dans un essai où les questions sont de véritables outils de pensée – deux chapitres sont intitulés « Perplexités » –, elle fait voir de façon radicalement différente ce qu’on appelle « crime contre l’humanité ». | ![]() |
| Paul-Laurent Assoun Le démon de midi Qu’un homme entre deux âges s’éprenne d’une jeune femme au point de changer, d’un moment à l’autre, le cap de sa vie : telle est la « passion de mi-vie » que l’on désigne par l’expression de « démon de midi », apparue dans le texte biblique. De quelle vérité inconsciente le « démon » est-il porteur ? Que signifie « midi » aux horloges du désir, du temps et de la mort, pour le masculin et jusqu’en son envers féminin ? Le psychanalyste Paul-Laurent Assoun, avec son érudition passionnée et son souci de la précision conceptuelle, propose dans cet essai une étude du midi de la vie, thème jamais exploré en tant que tel, à travers le foisonnement textuel que suscite l’événement venant porter le bouleversement au cœur de l’existence. La clinique est celle du cabinet de l’analyste, mais elle est prise également au dehors, dans l’anthropologie, la mythologie et la littérature : le démon recèle un ressort narratif et romanesque. Ainsi se dégage un portrait métapsychologique de ce démon saisi en son réel inconscient. | ![]() |
| Adam Phillips Winnicott ou le choix de la solitude Cette biographie, due à son meilleur connaisseur, met la pensée de Winnicott en tension, voire en crise : il s’agit d’une biographie critique. D’où, peut-être, le fait qu’on ait dû attendre vingt ans pour qu’elle paraisse en français. Dans les années 1980, en effet, le médecin parfois un peu trop positif du couple mère-enfant, que l’on se contentait souvent en France de voir comme un théoricien délicat et original, semblait installé à l’écart des conflits – ceux de la sexualité, ceux du pouvoir, et ceux, s’ils en diffèrent, de la psychanalyse. Il a fallu du temps pour déchanter. La « capacité d’être seul » – titre d’un de ses articles célèbres paru en 1958 – deviendra une vision hautement conflictuelle et quasi négative de l’homme quand, en 1963, Winnicott écrira : « Chaque individu est un isolat, en état permanent de non-communication, inconnu en permanence, en fait jamais découvert. » | ![]() |
| Michel Neyraut Alter ego En parcourant d’un œil neuf les théories de Freud, de Lacan, de Melanie Klein, de Winnicott, et de …Panurge, Michel Neyraut dresse, dans cette étude sur l’identification, une cartographie aussi sérieuse que drôle et documentée de la science des solutions imaginaires, qui répond à une question d’actualité : celle de savoir comment être unique alors qu’on cherche à être comme tout le monde. Aux « ready made » dont Kalachnikov, l’inventeur de la célèbre mitraillette, est un des héros inattendus, l’auteur oppose la valeur de l’errance, c’est-à-dire des hasards de l’identification. Il poursuit la théorisation de nos identifications bigarrées, carnavalesques, en proposant que le concept d’« identème » y mette un peu d’ordre. Bref, Alter discute ici avec Ego pour le très grand plaisir d’une théorie qui n’est faite que de nous. | ![]() |
| Jean-Michel Rey Paul ou les ambiguïtés On sait peu qu’à l’exception de Nietzsche, de Renan et de Michelet, les grands penseurs du progrès social du XIXe siècle trouvent dans les textes de saint Paul l’étayage d’une refondation sociale, d’une réforme politique d’ensemble. Pour Auguste Comte par exemple, ou pour Victor Hugo, il est nécessaire et parfois urgent d’aller chercher chez Paul les principes élémentaires d’une transformation de la société. On ne sait guère qu’ils ont ainsi pris appui sur une démarche de pensée qui consistait à nier et à modifier le passé pour rendre légitime le présent souhaité. Cet essai montre en effet de quelle manière Paul réinterprète le passé pour en faire la préfiguration de ce qu'il est en train d'annoncer dans ses Épîtres. En s’inspirant de Paul, le XIXe siècle a contribué, à son insu, à une culture du déni qui continue à régner sur les représentations politiques occidentales du monde actuel. | ![]() |
| Jeanne Favret-Saada Désorceler « Dès la première entrevue, Madame Flora voulut que je nomme les ennemis que j’avais pu me faire. Or j’avais beau ne pas croire qu’un sorcier ait pu poser des charmes susceptibles de me rendre malade, j’avais beau ne pas croire que nommer soit tuer, je fus dans une totale impossibilité de lui livrer aucun nom. Chaque fois qu’elle me pressa de le faire, en frappant la table de ses cannes, j’eus l’esprit aussi vide qu’un analysant sommé de faire des associations libres […] » L’anthropologue, qui deviendrait aussi psychanalyste, rapporte ici la suite de ses travaux sur la sorcellerie dans le Bocage de l’Ouest français. Elle s’est laissée impliquer dans les processus qu’elle étudiait. Certains ont vu en elle une désorceleuse, d’autres une ensorcelée — en même temps qu'elle instituait l'anthropologie « symétrique », dont elle fut une pionnière, qui met sur le même pied les deux partenaires de l'interlocution ethnographique. Le présent livre est donc un retour sur les matériaux relatifs au désorcèlement, et pose la question de savoir comment le fait d’« être affecté(e) » permet de construire un discours rigoureux, ici sur la sorcellerie. | ![]() |
| Adam Phillips Trois capacités négatives Capacité négative : l’expression vient de Keats. C’est la « qualité qui contribue à former un homme accompli lorsqu’il est capable d’être dans l’incertitude, les mystères, les doutes sans courir avec irritation après le fait et la raison ».
Être un embarras, être perdu, être impuissant – trois capacités négatives, éprouvées dans l’enfance, récusées plus tard de telle sorte que, contrairement à l’enfant, on ne vivra pas pour de bon, on fera semblant. Le plus singulier des essayistes britanniques actuels les fait revivre et montre à quel point elles fondent notre singularité. | ![]() |
| Michel Gribinski Les scènes indésirables Quelque chose arrive dont on ne voulait pas, et s’impose. On s’était construit pour que cela n’ait pas lieu, mais l’indésirable a été le plus fort, fabriqué par le désir même, comme un destin. Le désir n’est pas raisonnable, c’est ainsi et, en quelque sorte, c’est tant mieux. Mais s’il y avait une catégorie rationnelle où la scène indésirable était absolument étrangère à tout désir ? C’est bien – semble-t-il – sur une telle catégorie que s’est constituée la fondation Lebensborn. Généralement méconnue, cette entreprise eugénique nazie s’est livrée à l’élevage de dizaines de milliers de nourrissons séparés de leur mère et a donné lieu sans haine particulière à l’enlèvement et à la désindividuation de centaines de milliers d’enfants (chrétiens) des pays occupés ainsi qu’à leur meurtre de masse quand ils étaient déclarés non « germanisables ». Quelle vie psychique a accueilli l’« amour rationnel », sans désir, l’amour de cauchemar qui a prévalu ? Quelle vie psychique trouve-t-on au-delà du principe de la haine ? | ![]() |
| François Gantheret La nostalgie du présent Psychanalyse et écriture Écrire, analyser : quoi de commun à ces deux activités ? Lorsque c'est le même qui se livre à l’une et à l’autre, quelles ruptures en lui, entre fauteuil et table d’écriture, et quelles continuités ? Psychanalyste et écrivain, l’auteur explore ici, dans une véritable autobiographie de la création, l’énigme qui leur est commune : comment les mots, qui ne sont que des signes, peuvent-ils mettre en présence de ce qu’ils désignent ? Écume de la vie des hommes, simulacres du monde, les mots portent en eux, affirme François Gantheret, la nostalgie du présent. | ![]() |